Liberté enchainée = sécurité ? 2e Partie: Le progrés contre la liberté ?

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Ceci est la deuxième partie d'un texte que j'ai publié en 3 parties: "Principes", "Le progrès contre la liberté?" (ce billet), "Implications".

Les politiques sécuritaires modernes ne se différencient des pratiques de surveillance mises en place dans les régimes totalitaires du milieu du 20e siècle les plus féroces, que par la diminution drastique du nombre de personnes nécessaires pour surveiller nos agissements, la technologie aidant et la rapidité de traitement du flux d’information n’y étant pas pour rien.  Les conversions numériques ne favorisent pas seulement la vitesse de transmission et la capacité de duplication, mais aussi la possibilité de procéder à des analyses très poussées, allant jusqu’à des études du comportement.  En voici quelques exemples.

Dans le domaine de la vidéo surveillance (faiblement renommée vidéo protection), nous sommes passés en vingt ans de la capacité à surveiller en circuit fermé et à stocker de faible quantité de vidéo sur des cassettes péniblement dupliquables, à des réseaux interconnectés permettant de visualiser toutes caméras depuis techniquement n’importe où, à  condition d’avoir les codes d’accès.  Les baies de stockage et les techniques de compression permettent d’archiver des semaines, et bientôt des mois, d’images.  Les logiciels d’analyse permettent de reconnaître un visage dans une foule en quelques instants ou de déceler des comportements “suspects”, comme la vente de drogue ou les débuts de regroupements. En France, la vidéo surveillance est encore quelque peu encadrée, mais une progression importante est enregistrée depuis 2008.  La CNIL fait entendre sa voix mais celle çi n'est pas vraiment entendue.  Elle n'a réellement de pouvoir que dans le cadre des lieux fermés aux public.  Les préfectures ont maintenant un droit accru d'installation de caméras et centralisent les images via un réseau numérique.  Nous n'atteignons pas encore le niveau des anglais, ou la surveillance rémunérée des flux vidéo est sous traité aux particuliers et ou les logiciels d'analyse cherchent à limiter ce coût humain, mais nous y allons tout droit si nous ne réagissons pas.

Dans le domaine de la surveillance informatique les progrès les plus inquiétants sont d’ordre législatifs.  La loi Hadopi, qui a fait parlé d’elle pour son coté rétrograde et son inefficacité, portait également en son sein un ver parlementaire : l’internaute, qui doit faire la preuve de son innocence (inversion de la charge) dans une procédure uniquement à charge (sans procédure contradictoire), aura la possibilité d’installer un logiciel fourni sous label de l’Etat qui aura pour unique mission de contrôler qu’il n’accède pas illégalement à des oeuvres protégés. C'est a dire contrôler un utilisateur dans son utilisation privée de ses moyens informatiques. C’est la première fois qu’une telle intrusion dans nos ordinateurs, donc nos vies privées, était autorisée sans avoir à passer par un juge.  L’internaute donne ainsi libre accès, à priori, à ses données à l’Autorité afin d’éventuellement prouver qu’il n’a pas commis d’infraction à posteriori.  On imagine ce qu’un tel dispositif pourra donner quelques lois plus tard maintenant que le ver est installé.  Que diriez vous si vous étiez considéré comme un dangereux terroriste si vous n'installiez pas un logiciel de surveillance sur votre ordinateur ?  La Chine l’a déjà fait, mais a finalement reculée pour des raisons de sécurité informatique.  La France sera-t-elle la première à « réussir » ?

La progression du ver parlementaire est d’ailleurs déjà en cours.  La loi LOPSI 2 (loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure) vient d’être votée au Parlement. Cette loi autorise l’introduction d’un cheval de Troie dans les ordinateurs, évidemment sans le consentement de l’intéressé. Il est alors possible d’accéder aux données, de les collecter, les enregistrer, les conserver, les transmettre, « écouter » les frappes au clavier, etc. Cette surveillance pourra durer jusqu’à huit mois (quatre mois,  renouvelable une fois) et être mise en place à n’importe quelle heure.  Procédure similaire à une mise sur écoute téléphonique me direz vous? Pas tout à fait, dans la mesure ou un accès illimité à un ordinateur est équivalent à l’installation de caméra, de micro et d’une perquisition continue, en plus de la surveillance des communications, procédure digne des romans d'espionnage et inédite dans la loi française.  D’autant plus que la seule autorité indépendante qui autorise les écoutes va bientôt être supprimée.  La disparition du juge d’instruction mettrait directement sous la coupe du gouvernement cette décision (et bien d’autres) d’intrusion dans nos vies privées, car c’est de lui que dépend directement le parquet.  La chambre de validation législative continue à produire des textes, sans chercher à savoir s'ils sont applicables, ni surtout sans se poser la question préalable et fondamentale de savoir s'ils tendent à améliorer la démocratie.  Visiblement, le fond du problème (le terrorisme, les incivilités, les voitures brulées, les ...) reste totalement inchangé, alors la police exerce chaque jour un peu plus son arbitraire sous la pression d’un gouvernement qui cherche à faire du chiffre.

On pourrait continuer ce catalogue en parlant de biométrie, qui permet de stocker les caractéristiques biologiques de chacun, et donc de les retrouver beaucoup plus facilement si nécessaire.  Les puces RFID, déjà dans nos passeports, permettent quant à elles de savoir, à des dizaines de mètres, qui et où nous sommes sans qui n’y ait de contact. Au delà du traitement humain qu'il peut être fait de ce dispositif, on peut facilement imaginer de programmer un équipement pour réagir au passage de certains types de personnes selon leur nationalité ou la couleur de leur yeux. Que dire des filtres d’accès aux aéroports qui nous déshabillent sous prétexte d’assurer notre hypothétique sécurité mais qui ne sont en fait que de la poudre aux yeux destinée à nous rassurer quand nous prenons l’avion. Croyez-vous vraiment que cela gênera un terroriste déterminé?  Que penser enfin des fichiers de plus en plus nombreux et sur lesquels nous ne pouvons souvent plus exercer notre droit d’accès et de rectification, et encore moins à l’anonymat, surtout lorsqu’il s’agit de fichiers de police.

Le problème ne s’arrête malheureusement pas à nos frontières. Un traité international nommé ACTA est en cours de négociation dans le plus grand secret. D'après une fuite en 2008, un document publié sur Wikileaks, le traité prévoirait de rendre responsable les fournisseurs d’accès des contenus transitant dans leurs tuyaux, ce qui les obligerait de ce fait à faire la police pour identifier et dénoncer les “délinquants”.  Les implications qu’auraient un tel traité sont immenses et catastrophiques en terme de libertés publiques.

Tout progrès technologique est ambivalent dans ce qu’il peut apporter à l’humanité. Internet n’y échappe pas. Pour certains il constitue un immense espace de liberté et de partage. Pour d’autres, il n’y a que “copillage”, pédo-pornographie et règne du n’importe  quoi. Moins on connait, plus on diabolise; internet fait peur et nos dirigeants se servent de cette peur pour justifier une perte de neutralité du réseau, là ou en réalité c’est leur peur d’être dévoilé ou de perdre le contrôle qui sous tend à leurs actions.

Notons que l’utilisation des moyens technologiques à des fins sécuritaires est fortement favorisée par deux mécanismes, l’un économique et l’autre politique, s'entremêlant. 

  • Le premier est simple: vendre des équipements qui sont censés endiguer nos peurs, allant du système d’alarme aux systèmes de surveillance du net représente un intérêt économique non négligeable.  Les vendeurs jouent leur rôle et poussent à la consommation.

  • Le second est ce que nous avons déjà évoqué comme mythe de la vitre brisée, ou l’utilisation de l’épouvantail sécuritaire comme manipulation de masse.  On imagine facilement comment il est facile de vendre un outil, aussi cher soit il, à une collectivité ou un état, quand celui-ci est censé être l’outil miracle qui nous protégera du mal.  La mémoire politique étant courte, peu importe que l’effet réel ne soit même pas à la hauteur d’un placebo.  Le principe de précaution l’emporte.

1ere Partie: Principes <<                                                                                                          >> 3e Partie: Implications

 

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